Photographe Florence Jamart
 
 
                       Impressions / Copenhague

                                                       Photographies : Florence Jamart
        Texte: Carol Galand


Copenhague, ses canaux, ses pavés, ses arbres et ses lumières... 200 ans après la petite vendeuse d'allumettes d'Andersen, Florence Jamart est retourné sur les traces enneigées de la ville. Pendant près d’un an, elle a arpenté les rues toujours changeantes de cette capitale intemporelle. Paysages figés comme dans du coton, nature désordonnée rythmant le pas de ses habitants, rues désertées, cafés éclairés envahis par des hommes avides de chaleur pendant l'hiver. Et puis le réveil du printemps, le ciel qui reprend ses droits, les passants qui peuplent à nouveau les quais. Copenhague la rêveuse, la langoureuse, la lyrique...

Comme pour mieux capter ces instants de magie, Florence Jamart a préféré la superposition à l'emphase, l'esquisse à la peinture, le rêve à la réalité. Comme elle l’exprime dans l’une de ses photos, à Copenhague, le soleil peut briller et la neige tomber en même temps. Allant à la découverte de cette ville de conte de fées, la photographe ne pouvait que décider de jouer avec ses nuances. Il en résulte un parcours initiatique étonnant, empreint de la nostalgie indéfinissable de cette ville pleine de contrastes. Ses portraits de la ville refusent le parti pris de la nature morte et offrent perpétuellement une double vision. Mais que l’on soit prévenus : les contrastes offerts ne sont pas fortuits. Quand on observe un paysage de verdure où des canards profitent de la quiétude du matin, les cheminées d’usine qui fument au loin par transparence sont là pour rappeler que Copenhague est une ville qui a réussi à combiner harmonieusement industrie et environnement. Les photos de Florence vont loin : une maison rouge brique à l’architecture étudiée ? Oui, mais pas sans un calque d’arbre qui vient habiller les murs. La mer ? Certes, mais associée à un quai de gare, à une horloge qui semble accrochée au ciel sans nuages. Des bâtiments paisibles et colorés sur le bord d’un quai ? D’accord, pourvu qu’ils ne se reflètent pas seulement dans l’eau mais aussi dans le ciel. Grâce au procédé de la superposition, Florence Jamart nous invite à découvrir des images un peu folles, frottées de réel, qui abattent les frontières entre la fiction et la vraie vie. La fiction opère un démembrement, une dislocation du cadre-coupe originel de la photographie en tiraillant le cliché vers son « avant et son « après ». Dans cette perspective, le spectateur devient acteur, poussé à l’acte d’imagination par un détail qui fait basculer le réel dans une autre réalité, moins visible et plus riche.

Ville qui dort, ville pourtant sans cesse en mouvement, Copenhague s'allume dans ces photos qui respirent l'émotion et qui hésitent constamment entre le palpable et l’illusion. Moment de calme et de recueillement, hommage à un mode de vie harmonieux, la balade de Florence a capté l'unicité et la complexité de l'univers d'Andersen.

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