48 H dans la vie de Marie, mannequin chez Ford
                                                                     Photographies : Florence Jamart
Texte : Carol Galand



        Du haut de ses 21 ans et de ses escarpins, Marie parcourt la planète. Un jour à Londres, le suivant à Tokyo, celui d’après à Paris… 
Mannequin, un métier, des concessions, un  choix de vie tout simplement.


        Tout a démarré comme souvent : par hasard. Marie se baladait en ville quand Elite l’a remarquée. Coup de foudre réciproque : elle est embauchée sur-le-champ, pour le meilleur et pour le pire.
Le meilleur, on connaît : se faire bichonner à longueur de journées, essayer des vêtements haute couture, défiler sous les projecteurs, voyager, être admirée pour sa beauté, …
Seulement voilà, il y a le pire. Et le pire, on le détecte vite : quand je rencontre Marie, elle a passé l’hiver à New York. Non pas que la perspective d’un séjour à Manhattan soit a priori désagréable… Quand on a le temps de préparer ses bagages et que l’on connaît la durée de ses vacances, l’idée ne semble pas poser de problème. Elle en pose, en revanche, lorsqu’on part dans l’urgence et que sa valise est faite pour une semaine. Bien sûr, ça a été le cas de Marie, appelée au dernier moment. Partie au départ pour une semaine, elle est restée trois mois dans la capitale. Le froid, Marie a donc passé son temps à l’affronter : la neige, les 20 degrés en dessous de zéro, les paires de collants sous son jean, elle connaît. « Bien sûr, parcourir cette ville est un ravissement permanent, je ne vais pas me plaindre de vivre ce que tant de gens aimeraient découvrir », explique-t-elle. D’ailleurs, la jeune fille affirme connaître Tokyo par cœur, au point de ne plus avoir besoin de plan pour se repérer dans cette ville tentaculaire où elle a travaillé quelques mois. 48 heures plus tard, je ne pouvais que la croire.
        Changement de contexte. Nous sommes à Paris, et l’hiver est déjà loin. A vrai dire, il fait même un peu chaud dans la capitale. Nous sommes en juin, et j’ai rendez-vous avec Marie à l’agence Ford. Cyrille, son agent nous présente, c’est lui qui a tout organisé et qui m’a suggéré Marie pour mon reportage. Je n’ai pas hésité une minute en la voyant. C’était elle qui allait représenter le mannequin de nos jours. 
        Elle m’explique qu’après avoir travaillé trois ans pour Elite, elle est aujourd’hui chez Ford, mais elle n’a pas vraiment le temps de s’étendre : la journée est bien remplie. 10 castings au total, au studio G notamment où elle a rendez-vous avec la photographe Sophie Delporte, puis chez « Flowers », et encore après à Marie-Claire. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si les castings avaient lieu dans une rue spécialement conçue pour limiter au maximum les trajets d’un lieu à l’autre. Mais le monde n’est pas ainsi : pour 20% de temps réellement passé à travailler, Marie (et moi, par la même occasion) passons 80% de notre temps dans le métro. Marie, elle, a la méthode, depuis le temps : entre chaque rendez-vous, elle troque ses jolis talons hauts contre des tongs confortables qui lui permettent de courir dans le métro. Et à chaque rendez-vous, même topo : un œil sur son book, parcouru plus que rapidement, deux ou trois regards sur la jolie frimousse de Marie, quelques compliments, et le casting est terminé. « Pour beaucoup travailler, il faut être représenté par un maximum d’agence à travers le monde, explique Marie, qui connaît la chanson et ne se perturbe pas pour si peu. Un mannequin a une agence-mère, plus autant d’autres agences qu’il le faut dans d’autres villes du monde. Quand on arrive dans une nouvelle ville, on est hébergée dans l’appart agence, loué par l’agence aux mannequins et qui regroupe jusqu’à 6 filles ». Une bonne manière de rencontrer des nouvelles personnes. Sauf qu’à la fin d’une journée de casting, les mannequins ont tout sauf envie de sortir faire la fête. 
        Voilà une autre chose que j’ai compris après seulement 24 heures passées avec Marie : être mannequin, c’est éreintant. D’ailleurs, la soirée ne s’éternise pas : demain matin, Marie a rendez-vous avec Claire Delhens, styliste chez « Vogue », pour un casting, puis un shooting tout le reste de la journée pour le « Riviera Magazine » à l’hôtel Trémoille à Paris. « Bien sûr, les jours se suivent, mais ne se ressemblent pas, sourit Marie. D’autant que l’on gagne bien sa vie, notamment quand on fait une publicité, un défilé ou un show room pour un grand couturier. Et même quand le travail n’est pas très payant, comme par exemple un édito, on voit du pays, et on apparaît dans les plus grands magazines de mode ». 
De castings en shootings, quotidien d’un mannequin qui n’a pas froid aux yeux.
 
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